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Hommage à Bernard Voltolini

Évoquer en quelques minutes, la carrière alpine de Bernard Voltolini nécessite de revenir 64 ans en arrière et de se replacer dans ce qu'était l'escalade au Salève dans les années 1959/1960. Car Bernard était un des personnages marquant de la nouvelle vague de grimpeurs nés au début des années 40.

La Grande Carrière du Salève, située au Coin, a toujours été l'endroit ou se rencontre tout ce que la région compte de grimpeurs et d'alpinistes.

Et, bien qu'ayant alors moins de 16 ans, Bernard Voltolini s'y était rapidement fait remarquer par ses exceptionnels talents de grimpeur, et c'est tout naturellement, que lui et Christian Dalphin, son aîné de quelques années ont rejoint ce qu'on pourrait appeler "l'élite du moment".

Très logiquement Bernard avait rapidement atteint un niveau lui permettant de s'attaquer à n'importe quelle ascension, quelle que soit sa difficulté.

Aimant les grandes voies engagées, il a ainsi bénéficié du rare privilège de pouvoir choisir ses courses, sans limitations, parmi les plus importantes et célèbres ascensions du moment, et c'est ainsi, qu'avant d'atteindre ses 18 ans, il avait déjà escaladé:
- la face nord de l'Eiger
- la Walker des Grandes Jorasses
- le pilier Bonatti au Dru
- une nouvelle voie au Grand Capucin
toutes réussies avec Dalphin ou d'autres grimpeurs de la génération précédente.

Cerise sur le gâteau, l'année 1962 avait également permis à la cordée Dalphin, Voltolini de réussir là première ascension du Pestel de Glandasse, un impressionnant monolithe de 260 m de haut, appuyé en un seul point contre une paroi de plus de 300 m de hauteur. Une première, convoitée et déjà tentée par d'autres fameuses cordées, réalisée en deux jours d'escalade extrême, en libre et en artificielle, avec deux bivouacs en paroi. Cette réussite eut un certain retentissement car la réputation de la cordée avait déjà dépassé les limites du monde grimpeur genevois.

Dans un récit, écrit par Dalphin sur cette ascension, on trouve une phrase relevant une particularité que chacun pouvait remarquer en voyant Bernard grimper :

"C'est ici le point de départ des grosses difficultés. Avec son élégance habituelle , Bernard surmonte le toit qui permet de sortir de la grotte.".

Je ne peux pas, ici , m'empêcher de raconter une de mes premières rencontres avec Bernard Voltolini.

A l'époque, la "Face Ouest" était LA référence de l'escalade au Salève, et en gros on pourrait dire qu'il y avait deux catégories de grimpeurs : ceux qui la faisaient en tête et les autres.

Nous, les autres membres de la nouvelle génération, devions compter sur Voltolini ou Dalphin pour nous y emmener une première fois.
Cependant, un camarade particulièrement entreprenant, m'avait tellement seriné pour essayer par nous-mêmes que j'avais cédé.

Et c'est pourquoi, je me suis trouvé, quelque temps après, au troisième relais de la Face ouest et que mon camarade, dépassé par la situation dans la fissure au
dessus, fit une chute relativement prévisible.

Au relais, j'étais bien sûr attentif, mais tout se passa tellement vite, la corde filant à toute vitesse dans mes mains, que ce n'est qu'en la serrant désespérément de toutes mes forces que je parvins à arrêter la chute, non sans me brûler les mains. Pendu quelques mètres plus bas, mon camarade eut la gentillesse de m'adresser une parole rassurante " j'me suis pas fait mal, j'ai rien senti"!
Il est vrai que l'assurage dynamique est destiné à limiter la force exercée sur celui qui chute, mais celui qui assure à intérêt à porter des gants!

Depuis le pierrier Bernard avait observé notre tentative et, lorsque nous l'avons rejoint, nous accueillit avec un sourire narquois en me disant "Fais voir tes mains !" C'était sa manière de faire remarquer qu'il existe une hiérarchie parmi les grimpeurs, mais c'était sans méchanceté et nous sommes très vites devenus de bons amis.

Pendant plusieurs années j'ai eu le bonheur de faire des ascensions avec Bernard et de le côtoyer, puis nos vies ont suivi des trajectoires différentes.

Sa carrière de grimpeur s'est poursuivie, toujours dans les niveaux les plus élevés, jusque dans les parois du Yosemite et la Fleur de Lotus. Évidemment avec de très forts grimpeurs parmi lesquels on peut, à juste titre, mentionner Guy Buisson (Guitou) et Patrick Delale.

Il y a quelques années Bernard et moi avions, un peu par hasard, retrouvé le contact et l'occasion de nous rappeler des souvenirs vieux d'une cinquantaine d'années.
La maladie l'avait diminué mais je lui retrouvais ce regard, si particulier, qui me donnait parfois l'impression de venir du plus profond des yeux.

Mes bons souvenirs de Bernard sont encore nombreux mais, je ne voudrais pas terminer cet hommage sans lui adresser un dernier mot.

"Adieu mon ami, ton nom est dans le Panthéon de ceux qui ont écrit une page de l'histoire de l'escalade au Salève".

Pierre Hofmann, le 23 août 2023 à Saint-Georges



Actu proposée par Pierre HOFMANN

Mise en ligne le jeudi 21 septembre 2023 à 18:14:44

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