Les Dossiers du G.H.M.

Ryszard Kowalewski : peintre - alpiniste

 

Lieu:

Date: 2021-10-14

Confidentiel: Non


Objet :

Portrait de Ryszard Kowalewski - peintre et légende d'alpinisme polonais des années 60-70.

 


Note :

Introduction

Peu d'alpinistes s'adonnent à la peinture. En France entre deux guerres c'est Julien Bouvier et Robert Le Roy-Wattioux qui se sont fait connaître. Dans la génération suivante on distingue Jacques Démarchi, dont la carrière fut gâchée par son mode de vie excessif, et Andy Parkin, membre du GHM.

En Pologne le premier peintre-alpiniste polonais fut Antoni Malczewski. Il fit la huitième ascension du Mont-Blanc et la première de l'Aiguille du Midi. Dans la Pologne d'avant guerre entre 1939 et 1945, se sont plusieurs peintres liés à la montagne qui se sont exprimés au sein du mouvement d'avant-garde « Jeune Pologne ». Entre autres Stanislaw Witkiewicz, son fils Stanislaw Ignacy, dit Witkacy, Leon Chwistek, Leon Wyczolkowski, Walery Eljasz ou Rafal Malczewski. Il ne faut pas oublier Mariusz Zaruski : alpiniste, peintre, poète et navigateur. Il fut à l'origine de l'alpinisme hivernal dans les Tatras.

Actuellement c'est Ryszard Kowalewski qui perpétue les traditions des modernistes d'avant guerre. Dans son pays il est considéré comme le meilleur dans la catégorie : peinture de montagne.

Ryszard et ses escalades

Ryszard naît en novembre 1943 à Lublin à l'Est de la Pologne. Il commence ses escalades en 1964 pendant ses études aux Beaux Arts. Il y rencontre Samuel Skierski, alpiniste chevronné et peintre doué. Il sera son futur compagnon pendant ses débuts d'escalade. Kowalewski gravit plusieurs voies nouvelles dans les Tatras polonais et slovaques. Dans les Alpes il gravit également plusieurs classiques dont la voie des Suisses aux Courtes. Puis les choses sérieuses commencent.
En 1968 Ryszard (Rysiek pour les intimes) ouvre un nouvel itinéraire au Pan di Zucchero (Via dei Polacci) dans le massif de la Civetta. Pendant la même année il récidive au Mont Blanc : avec une voie nouvelle sur le Pilier de Gauche du Brouillard avec Janusz Maczka et Wojciech Wroz. Simultanément ses amis polonais inaugurent le pilier de droite.

La rencontre avec Tadeusz Piotrowski en 1972 fut fructueuse : deux premières hivernales en Norvège : celle de La Fiva Routa (4 jours) et du Pilier de Trollrygen, les deux ascensions avec Andrzej Dworak, Wojciech Jedlinski et Tadeusz Piotrowski.

En 1972 Kowalewski se rend en Altaï. Le résultat du voyage : deux premières ascensions sur des sommets secondaires : Pic Skalistyj (5610 mètres) et Pic Druzba (5200 mètres).

Un an plus tard, il gravit le Pic Korjenevskoi par la voie normale (7105 mètres) et le Pic du Communisme (aujourd'hui Ismail Samani, 7495 mètres) avec l'ouverture d'une nouvelle variante par le Gendarme Ouest.

En hiver 1974, Ryszard et ses compatriotes effectuent la première ascension hivernale de la Directissime française de Trollryggen avec une nouvelle variante de sortie en compagnie de Marek Kesicki, Voytek Kurtyka et Tadeusz Piotrowski. Initialement les Polonais devaient d'être cinq, mais Kazimierz Glazek fut contraint d'abandonner suite à l'explosion d'une cartouche de gaz.

L'été suivant Kowalewski retourna en Asie. Dans les Montagnes de Fann, il y effectua la première ascension du Sacharnaja Golova (5250 mètres) par le Pilier Central.

Puis en 1975, il se rendit en Bolivie : il y gravit un sommet vierge de 5200 mètres appelé Pico de Polonia. Ryszard profita du séjour et explora avec ses camarades plusieurs cavités vierges.

En 1979 il renoua avec Piotrowski pour se rendre au Pakistan. Les deux hommes effectuèrent la deuxième ascension du Rapakoshi (7788 mètres).

1980 : retour au Pakistan. Résultat deux premières ascensions : du Distaghil Sar East (7660 mètres) et du Yazgil Dom (7440 mètres) en style alpin.

1983:après plusieurs expéditions infructueuses en Himalaya, Kowalewski réussit la première ascension hivernale du K203 (6200 mètres).

Pour clôturer son carnet des courses Ryszard gravit l'Aconcagua en 1994 puis le Denali en 2000.

Ryszard et ses peintures

Déjà adolescent Ryszard dessinait, faisait des croquis de tout qui « se présentait sous la main ».

Il rentre au lycée d'Arts Plastiques de Zamosc puis en 1962 passe avec succès le concours de Beaux Arts de Varsovie. Aujourd'hui il vit dans les environs de Gdansk.

À l'école Ryszard avait choisi sa spécialité : l'aménagement intérieur des locaux d'exposition. Il dit : « Je n'ai pas choisi la peinture, j'avais peur ». Sa première commande tombe : l'aménagement d'un musée de l'armée polonaise. Même si le sujet ne plaît pas à Ryszard, il s'exécute. Les débuts ne sont pas faciles pour le jeune peintre. Il peint les portraits pour ses amis et arrondi ses fins de mois en travaillant sur corde, l'activité assez courante chez les alpinistes polonais. Puis, petit à petit, il commença à exposer.

Après avoir achevé ses études de Beaux Arts, Kowalewski a enseigné la peinture au sein de l'école. Ses nouvelles activités étaient très contrariantes avec l'alpinisme. Ryszard fut obligé se rendre à l'évidence. Désormais les montagnes seraient pour lui un « Paradis perdu ».

Pétrarque fut le premier artiste émerveillé par la beauté des paysages. Il l'a décrit après son ascension du Mont Ventoux en 1336. Son récit marque pour certains le début de l'alpinisme.

Mais quelle solution pour le peintre alpiniste amoureux, comme Ryszard ? Peindre comme le poète italien l'écrivait. Pendant les ascensions - raconte Kowalewski, il est impossible de faire des croquis des paysages, surtout avec les gants. Alors j'ai fait beaucoup de photos, elles m'ont aidé plus tard de rafraîchir ma mémoire. Mais les peintures de Kowalewski ne sont pas des vulgaires calques des images argentiques ou numériques, le procédé utilisé souvent de nos jours et pas uniquement par les peintres de montagne. C'est leur trame. Les émotions de l'artiste effacent le procédé de copier-collé. Peut-on le classifier dans la catégorie du réalisme les toiles du peintre de Gdansk ? Réalisme oui dans le sens où elles expriment les formes réelles de la matière. Kowalewski présente les montagnes dans leur splendeur et sévérité. Le reste c'est la valeur ajoutée, le regard poétique de l'artiste.

On ne peut pas dire exactement par quelles écoles fut influencé Kowalewski. Il est étranger aux images de la montagne représentées par les peintres de la « Jeune Pologne » trop influencés par l'impressionnisme. De temps à autre, pour souligner l'immensité et l''austérité de la nature Kowalewski introduit dans ses tableaux quelques accents de cubisme.

Sa montagne est lumineuse, l'artiste joue avec plusieurs nuances du blanc. Dans ses tableaux récents on remarque des couleurs sombres, interprétées par certains comme un signe de deuil après les disparitions des élites de l'Himalayisme polonais à la fin du vingtième siècle.

A noter le magnifique ouvrage de Moje Góry sur Ryszard Kowalewski, paru en 2020, Académie des Beaux-Arts de Gda?sk, Editeur Bernardin. ISBN : 978-83-66271-57-9

Quelques peintures tirées de ce magnifique ouvrage :




Dossier proposé par Piotr PACKOWSKI
Mis en ligne le jeudi 14 octobre 2021 à 10:52:50

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